«Les sujets importants pour les enfants nous guident»
Comment savoir si une photo est vraie, ou fausse? Oki a consacré son premier épisode à un sujet central auprès des jeunes: les images modifiées grâce à l’intelligence artificielle. Le nouveau magazine digital de la RTS, qui s’adresse aux 10-12 ans, intègre les enfants ainsi que leurs enseignantes et enseignants dans la conception même des capsules. Pour encourager l’éducation aux médias, le service public mise sur la proximité, et ça marche.
Oki, le nouveau programme de la RTS spécialement conçu pour les enfants de 10 à 12 ans, constitue une ressource inédite à l’intention des enseignantes et enseignants, et un outil novateur pour développer l’éducation aux médias. Ce magazine digital, lancé en septembre 2025, se présente sous la forme de capsules vidéos de 8 à 10 minutes, disponibles sur RTS Play et diffusées le samedi à 9h50 sur RTS 1. Elles sont accompagnées de fiches pédagogiques tant pour les adultes que pour les enfants. La RTS étoffe ainsi son offre consacrée à la jeunesse avec un projet participatif qui permet aux jeunes d’être à la fois acteurs, actrices et bénéficiaires des contenus.
Par et pour les enfants
Comme le décrit Tania Chytil, productrice de l’émission, sur le site de la RTS, «le développement de l’esprit critique et de la citoyenneté numérique constitue le cœur du projet».
Tania Chytil (productrice) et François Egger (journaliste), à la tête de Oki.
RTS
Les thématiques abordées sont extrêmement variées, allant des enjeux majeurs de société aux questions culturelles en passant par les jeux vidéos. Des questions comme «comprendre le réchauffement climatique», «c’est quoi Minecraft?» ou encore «intelligence artificielle: mais comment ça fonctionne?».
La participation du public intervient déjà dans le choix des sujets. Ainsi, François Egger, présentateur de l’émission, explique que sa fille leur a suggéré d’approfondir la campagne d’Octobre rose, et plus généralement la question du cancer du sein. Les thématiques ne sont donc pas planifiées selon des matières scolaires. «Ce sont les sujets importants pour les enfants qui nous guident» commente le journaliste.
François Egger, journaliste et présentateur de Oki.
RTS
Les enfants ne se contentent pas de proposer des thèmes, mais co-construisent également l’émission. Deux groupes de 5 à 6 enfants, en provenance de tous les cantons romands, s’essaient au métier de reporter. Ils apprennent et développent ainsi leurs compétences audiovisuelles. Oki constitue «un espace d’expression sur la plateforme Play RTS, tout en leur donnant accès à des informations fiables et vérifiées».
«Nous avons été bluffés par la qualité de leurs analyses, notamment lors d’une émission sur Trump», commente François Egger. L’équipe de professionnel.les greffe à ce terreau son regard éditorial et son travail de réalisation pour construire un sujet cohérent. Autre source d’étonnement pour le journaliste, la rapidité de progression des enfants dans la maîtrise de la vidéo, ainsi que leur enthousiasme et leur curiosité. Ainsi, ils filment spontanément ce qu’ils observent et l’envoient à la rédaction.
Développer l’esprit critique
Oki apporte une réelle plus-value dans le paysage médiatique romand à plusieurs niveaux, en termes d’éducation aux médias, d’éducation audiovisuelle, et de pédagogie. Et les effets, très concrets, ne se sont pas fait attendre. François Egger cite notamment la reconnaissance, grâce aux détails incohérents, d’images générées par l’intelligence artificielle. Les enfants qui participent au projet sont devenus beaucoup mieux armés, et autonomes.
Au travers de ce magazine, la RTS cherche à développer une vraie proximité avec le service public. «Nous formons presque une petite famille» commente François Egger. L’équipe de professionnels organise donc des rencontres dans les locaux pour que les enfants découvrent les studios et comprennent comment se fabrique une émission. C’est un échange gagnant-gagnant. «Ils nous apportent beaucoup et nous essayons de leur offrir des expériences enrichissantes».
À l’heure où la jeunesse se tourne presque exclusivement vers les réseaux sociaux pour sa consommation médiatique, Oki cherche à modifier les habitudes, l’idée étant d’encourager les enfants à consulter le contenu du service public sur des plateformes numériques. «L’un des grands défis des prochaines années sera justement d’amener les jeunes vers ces contenus de qualité».
Et pas question de faire le buzz à tout prix pour y parvenir. François Egger rappelle une règle importante: le programme, et donc les enfants, ne sont pas relayés sur les réseaux sociaux. Oki est diffusé uniquement sur Play RTS et à la télévision, même si les réseaux offriraient, évidemment, davantage de visibilité.
Selon Christian Georges, collaborateur scientifique à la CIIP (la Conférence intercantonale de l’instruction publique et de la culture de la Suisse romande et du Tessin), les défis de cet enseignement sont multiples. Il s’agit notamment d’apprendre aux enfants à identifier d’où viennent les informations, comprendre que tout ne se vaut pas, que tout le monde n’est pas journaliste, que l’intelligence artificielle brouille encore plus les repères. «Il est important de leur expliquer comment les journalistes traitent l’actualité, quel est le parcours que suit une information avant d’arriver au public».
Christian Georges, collaborateur scientifique, responsable de l’éducation aux médias au sein de la CIIP.
CIIP
Un outil multidisciplinaire
D’emblée, Oki a été pensé pour les enseignants. Ainsi, chaque épisode est accompagné de matériel pédagogique à utiliser en classe pour poursuivre le sujet abordé. De quoi amener de la diversité, notamment dans le programme d’éducation numérique, mais pas uniquement. Oki ne se présente pas comme un magazine d’actualité classique, mais aborde des thématiques qui concernent aussi la géographie, l’histoire, la société ou la géopolitique. «L’émission devient un outil adapté à différentes disciplines» précise François Egger.
Tout comme les enfants, les enseignantes et enseignants sont intégrés dans la conception même des programmes. Les fiches proposent des exercices et des activités pratiques à réaliser en classe pour prolonger le visionnage des capsules, et s’accordent parfaitement avec les objectifs pédagogiques. Un thème traité par Oki, c’est un sujet clé en main pour les enseignants. Le programme devient donc un support de cours «particulièrement adapté pour développer l’esprit critique des élèves face à l’information et aux nouveaux médias», précise Tania Chytil.
Christian Georges salue la création d’un groupe WhatsApp, qui permet au corps enseignant de connaître à l’avance le sommaire des émissions, de donner un feedback, de réagir, faire des suggestions. «Avant, ce que proposait la télévision, on aimait ou on n’aimait pas. On pouvait au mieux écrire une lettre pour se plaindre» souligne-t-il. Il se réjouit donc particulièrement de l’interaction nouée avec le public, avec cette intention de développer une véritable connivence.
Preuve du succès de cette offre, les retours du corps enseignant. François Egger explique avoir reçu plusieurs messages signalant une erreur dans une fiche éducative. «Cela prouve que le contenu a été utilisé en classe», se réjouit-il.
Lucie Donzé, mars 2026