Un seul prix, plusieurs gagnants

«Je n’ai jamais vendu autant d’exemplaires d’un même livre en si peu de temps». Ce livre, c’est celui d’Aline Desarzens, «Le secret de Thyrcée», qui a décroché le Prix du public RTS 2025. Et la libraire enthousiaste, c’est Phaedra Othman, qui tient l’établissement «Le Vent se lève» à Saint-Ursanne, lieu qui a accueilli la rencontre entre la lauréate et le public le 10 décembre 2025. Au travers de cette compétition, la RTS soutient la création littéraire suisse dans son ensemble, mais fédère également toute la Romandie et soigne sa proximité avec le public.

«Pour faire partie du jury, il faut aimer lire, et même aimer lire beaucoup, quelque chose comme 40 à 50 livres dans l’année», peut-on lire sur le site de la RTS, qui lance un appel aux auditrices et aux auditeurs. Quatorze candidats et candidates seront retenus, deux par canton romand, et ce seront elles et eux qui choisiront le prochain Prix du public RTS, d’une valeur de 10 000 francs. Ce prix met en lumière l’implication du service public pour la création artistique suisse, mais pas seulement.

Faire partie des finalistes, en tant qu’auteur ou autrice, c’est la garantie de gagner en visibilité. Comme chaque année depuis 1987, le jury en a sélectionné quatre en 2025: Aline Desarzens («Le secret de Thyrcée», ed. La Tribu), Chloé Falcy («La mécanique des ailes», ed. Hélice Hélas), Antoine Rubin («Calcaires», ed. La Veilleuse), Léonie Adrover («Passage du soir», ed. du Seuil). Aline Desarzens a remporté les faveurs du public avec son premier roman, dont l’intrigue plonge le lecteur dans une enquête, une sorte de chasse au trésor à travers les âges.

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Ce portrait, diffusé sur les réseaux, c’est sans doute ce qui m’a le plus apporté en termes de visibilité.»
Antoine Rubin, auteur de «Calcaires»

Mais avant que le nom de la lauréate ne soit dévoilé, les quatre finalistes ont pu profiter d’une vitrine offerte par la RTS. Elle a ainsi mandaté Société Écran, une agence de création qui a réalisé un tournage avec chacun et chacune d’eux. Les capsules vidéos ont ensuite été diffusées sur la page Instagram de RTS Culture, qui compte près de 22 000 d’abonnées. «Ce portrait, diffusé sur les réseaux, c’est sans doute ce qui m’a le plus apporté en termes de visibilité» estime Antoine Rubin.

Antoine Rubin, auteur de «Calcaires», ed. La Veilleuse, sélectionné pour le Prix du public RTS.

L’auteur biennois, qui a également reçu le Prix suisse de littérature de l’Office fédéral de la culture cette année et a été finaliste pour celui de la ville de Lausanne l’an dernier, ne saurait dire exactement quelles retombées attribuer à quelle sélection. Mais il constate que le talent, parfois, ne suffit pas pour vendre des livres. Le réseautage et la visibilité que le service public peut apporter fonctionnent comme un catalyseur.

Pour Léonie Adrover, autre finaliste du Prix du public RTS 2025, cette sélection constitue une reconnaissance particulière puisqu’établie par des lecteurs et des lectrices. «Cela revient à dire que mon livre n’a pas seulement plu à des journalistes spécialisés, mais à un public plus large».

Léonie Adrover, finaliste du Prix du public RTS 2025 pour son premier roman «Passage du soir».

Si elle admet qu’une sélection de ce type flatte l’ego, elle précise toutefois être davantage touchée par les retours de lecteurs ou lectrices qu’elle ne connaît pas. Or, il s’agit d’un cercle vertueux: «Ces mêmes personnes n’auraient peut-être pas eu connaissance de mon livre sans la vitrine médiatique». Elle nuance néanmoins son enthousiasme envers le système en général. Pour elle, un silence médiatique ne signifie pas qu’un livre est mauvais, et l’inverse n’est pas vrai non plus. « Au-delà de la qualité d’un ouvrage, le traitement dépend de nombreux facteurs, l’actualité de la thématique ou la place disponible dans un média par exemple. C’est un peu une question de timing sur laquelle on n’a pas de prise en tant qu’autrice ou auteur. Sans même mentionner la grande part de subjectivité dans tout ça. Mais c’est le jeu! »

Un soutien à la création littéraire, mais pas seulement

Avec le Prix du public, la RTS valorise non seulement des autrices et des auteurs suisses, mais aussi la création littéraire dans son ensemble. Ainsi, de nombreux éditeurs voient leurs ouvrages sélectionnés et visibilités, des libraires écoulent une quinzaine d’exemplaires de chaque titre qui passe entre les mains du jury, ou accueillent des événements. En 2025, la rencontre de la lauréate avec le public s’est déroulée dans l’établissement de Phaedra Othman, «Le Vent se lève», à Saint-Ursanne. «Le secret de Thyrcée» d’Aline Desarzens constitue un de ses best-sellers. «J’en ai vendu plus de 40, ce qui est énorme pour une petite café-librairie indépendante» précise la libraire. Elle ajoute cependant l’avoir, elle-aussi, déjà beaucoup mis en avant avant qu’il ne soit récompensé.

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Phaedra Othman a accueilli la lauréate du Prix du public RTS 2025 dans sa café-librairie.

Immage: Lucie Donzé

Elle souligne également la force d’une telle reconnaissance. Les clients sont sensibles à la marque RTS. «Voir que c’est le Prix du public, c’est un gage de qualité», un nom qui donne confiance.

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«Le secret de Thyrcée» d’Aline Desarzens mis en évidence dans les rayons de la café-librairie «Le Vent se lève» à Saint-Ursanne.

Immage: Lucie Donzé

Le fait que la RTS décerne un prix littéraire s’inscrit dans le cadre de sa mission de service public : la concession oblige la SSR à promouvoir la culture suisse. La littérature en fait partie. Au travers de cette distinction, la RTS soutient ainsi la scène artistique romande au sens large. La remise des prix se déroule dans le cadre de l’émission Quartier Livre qui, pour l’occasion, est délocalisée. L’an dernier, elle a eu lieu au Centre Dürrenmatt de Neuchâtel. Pour ce genre d’événement, la production fait alors appel à des musiciens du coin, qui ont l’opportunité de jouer en live, à l’antenne. Ainsi, tout en soignant la proximité avec ses auditeurs et auditrices, le service public soutient la scène culturelle locale.

Entretenir le fédéralisme au travers du livre

Ce prix permet enfin à la RTS de déployer son mandat de service public en favorisant la cohésion entre les différentes régions de Suisse romande. Chaque année, elle constitue un nouveau jury, composé de 14 lecteurs et lectrices passionnés, à savoir deux par canton, suite à un appel aux candidatures qui suscite beaucoup d’intérêt. «Près de 300 dossiers nous parviennent chaque année» souligne Nicolas Julliard, président du jury.

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Nicolas Julliard, président du jury du Prix du public RTS et Ellen Ichters, présentent conjointement l’émission Quartier Livre.

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Pour choisir qui entrera dans le cénacle, la production veille à respecter certains critères de représentativité. «Nous essayons de faire en sorte que ce jury reflète la palette d’âge, de sexe, de types de profession, de milieux socioculturels la plus large possible».

De plus, les critères de sélection des ouvrages, à savoir que l’auteur ou l’autrice soit Suisse, ou déploie son activité littéraire en Suisse, ouvrent la porte à des écrivains ou écrivaines alémaniques ou tessinois. Le Prix du public RTS, c’est donc assurément une façon, pour la SSR, de tisser des ponts entre les acteurs et actrices de toute la communauté littéraire du pays.

Lucie Donzé, Mai 2026

Le prix RTS littérature ados, la lecture par et pour les jeunes

Créé en 2006, le prix RTS littérature ados récompense chaque année un roman francophone destiné aux 13-15 ans. Organisé par la RTS en partenariat avec l’Institut suisse Jeunesse et Médias (ISJM), il vise à promouvoir la lecture et à encourager la création littéraire pour les adolescents et adolescentes.

Sa particularité? Ce sont les jeunes qui font le choix. Dans toute la Suisse romande, des centaines d’élèves et de membres de clubs de lecture découvrent les cinq ouvrages en lice, en débattent, puis désignent leurs favoris. Un jury composé de jeunes représentant les cantons romands élit ensuite le livre lauréat et rencontre son auteur ou son autrice.
En 2026, ils étaient près de 600 à participer au processus de sélection. Le prix a été décerné à Laureline Maumelat pour son roman Vivre sans attendre, publié aux éditions Rageot.

Commentaire

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