«Vraiment»: l’émission de la RTS qui vous aide à démêler le vrai du faux

À l’heure où les fake-news et le complotisme se sont immiscés dans notre quotidien, le besoin d’enquêtes de qualité revêt une importance capitale. Face à cette problématique, la RTS lance un nouveau format d’investigation qui mise sur la transparence et la communauté, en permettant au public de suivre le déroulement d’une enquête journalistique et d’y participer. «Vraiment» travaille pour et avec la communauté.

Depuis mars 2024, la RTS propose une nouvelle émission d’investigation qui traque les publications mensongères et autres arnaques en ligne. «Vraiment» décortique les fake-news, présente des outils de fact-checking (vérification des faits), et invite les internautes, non seulement à suivre pas à pas une enquête, mais aussi à y prendre part, en toute transparence.

La journaliste Cécile Tran-Tien et ses deux collègues ont mis deux mois à élaborer le projet avant de diffuser le premier épisode consacré à la présence de musique nazie sur Spotify. Pour mener une enquête de cette envergure, l’équipe compte environ un mois de travail au cours duquel chaque démarche, chaque recherche, chaque appel est filmé. S’ensuit alors un travail titanesque de montage pour qu’au final, les internautes puissent comprendre toutes les étapes de réalisation, ce qui permettra se forger une opinion personnelle.

Responsabilité individuelle et collective

Il y a encore peu de temps, la vérification et la responsabilité de l’information concernaient un cercle restreint de professionnel.les. Aujourd’hui, avec la multiplication des réseaux numériques, cette responsabilité s’est diffusée à toute la population, rendant toujours plus importante la distinction entre «désinformation» et «mésinformation». La désinformation qualifie une information délibérément fausse, dont l’auteur.trice cherche à manipuler le public à des fins économiques, politiques ou autres. La mésinformation regroupe quant à elle les erreurs involontaires, mais aussi le partage et la diffusion d’informations erronées. Et de ce point de vue là, la société dans son ensemble est devenue une actrice du processus. Comme le souligne Nathalie Pignard-Cheynel, professeure en journalisme et communication numérique à l’Université de Neuchâtel et directrice des formations de Master en journalisme (MAJ et MAJI).

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Nathalie Pignard-Cheynel, professeure en journalisme et communication numérique à l’Université de Neuchâtel et directrice des formations de Master en journalisme (MAJ et MAJI)

zVg

«
On ne peut pas tous agir contre la désinformation, mais on peut tous limiter la mésinformation.»
Cécile Tran-Tien, journaliste de la RTS

«Vraiment» se présente donc comme une sorte de tutoriel à la portée du grand public pour que chacun.e puisse réduire autant que possible sa contribution à la mésinformation. «On ne peut pas tous agir contre la désinformation. Par contre, en évitant de propager de fausses informations, en les repérant grâce à différents outils, en s’interrogeant sur les sources, on peut avoir un impact significatif pour limiter la mésinformation» précise Cécile Tran-Tien, journaliste de la RTS.

Une communauté encadrée

Cécile Tran-Tien et ses collègues ont commencé par solliciter les contacts de leurs carnets d’adresses afin de constituer une communauté de bénévoles. Mais il.elles souhaitent continuer d’étoffer ce groupe et invitent, la fin de chaque épisode, les internautes à les rejoindre. La communauté compte actuellement 26 membres, étudiant.es, juristes, bibliothécaires. «Nous ne cherchons pas des pros, mais des gens passionnés, qui ont envie de rechercher les faits, la vérité.» En échange des services rendus, la journaliste offre à ses bénévoles, une fois par mois, une formation consacrée aux outils de recherches.

Selon Nathalie Pignard-Cheynel, «Vraiment» évite les écueils auxquels le journalisme participatif peut être confronté (par exemple avec des commentaires divers et variés qui n’amènent pas grand-chose au débat) en proposant plutôt une forme de journalisme collaboratif. «La communauté, constituée de gens sensibles à la recherche d’information de qualité, ne remplace pas les journalistes, mais les épaule avec des tâches bien précises. Il est très important que la collaboration avec le public soit cadrée par le journaliste.» Un avis partagé par Aylin Elci, bénévole au sein de la communauté, qui apprécie le fait que l’enquête soit chapeautée par une professionnelle maîtrisant les multiples codes déontologiques qui s’appliquent dans ce genre de travail.

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«Vraiment»-journaliste Cécile Tran-Tien.

Transparence et sensibilisation

Actuellement, la société présente parfois une forme de relativisme exacerbé face à la multitude des informations qui lui parviennent, relativisme qui se traduit par une perte de confiance vis-à-vis des médias. Les journalistes peuvent-ils donc eux-mêmes regagner cette confiance? Oui, estime Nathalie Pignard-Cheynel. Selon elle, l’émission «Vraiment» apporte une solution intéressante par son approche innovante. «Premièrement, on ne dit pas au public quoi penser, dans une opposition vrai/faux, mais on lui propose une série d’informations et d’explications sur un sujet complexe pour l’aider à se forger sa propre opinion. Deuxièmement, il y a un réel effort de transparence quant aux multiples étapes de la démarche journalistique, et enfin la journaliste s’entoure d’une équipe qui échange, se documente, suit une méthode. Tout ceci concourt à rendre crédible ce qui est proposé.»

Cécile Tran-Tien mise effectivement sur les deux piliers que sont la transparence et la formation. «La meilleure façon de lutter contre la perte de confiance, c’est la transparence. On essaie donc d’être le plus précis et détaillé possible, étape après étape. Mais cela passe aussi par la communauté, en montrant aux gens qu’ils sont capables de vérifier une information, avec les outils adéquats et en y consacrant un peu de temps.» Information de qualité qui s’adresse à l’ensemble de la population, sensibilisation à l’information numérique, transparence, «Vraiment» coche toutes les cases de ce que l’on est en droit d’attendre d’un média de service public.

Lucie Donzé, juin 2024

Commentaire

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